
Le caractère fictionnel d’une histoire n’existe que et seulement dans le processus d’énonciation de l’histoire-fiction. L’histoire-fiction est issue du processus de fabrication de sa structure, de son contenu visible et invisible, de son rythme et cadence de monstration qui forment les modalités théoriques et esthétiques de l’objet histoire-fiction.
L’esthétique de l’histoire-fiction est pour la plupart des gens l’aspect visible, intelligible et donc consommable de l’histoire-fiction: on regardera une série sur netflix sans se poser la question des implications théoriques de ce que nous voyons à l’écran. Que ce soit du point de vue de la théorie du cinéma ou de leurs tenants politiques, sociaux et environnementaux, les biens de consommation-film et -série en streaming n’incitent pas (ou peu) les spectateur-rice-s à produire un regard critique sur les œuvres cinématographiques consommées.
La raison principale de ce manque d’engagement politique en tant que consommateur-ice-s d’objet cinématographique est un manque de connaissance de l’histoire et de la théorie du cinéma, qui devraient toutes deux être enseignées aux plus jeunes dès l’école, de même que l’histoire et la théorie des médias.
La vitesse (rythme et cadence) du montage cinématographique (cinéma, streaming, réseaux-sociaux, télévision) ainsi que l’agencement de son contenu formel et symbolique constituent un grand danger pour la liberté des esprits et l’émancipation des corps si les sujets-spectateur-ice-s ne possèdent pas suffisamment d’outils théoriques et formels pour ne pas se faire broyer par le piège de l’histoire-fiction malveillante.
Il en va de la responsabilité des professionnel-le-s du cinéma et de l’image que de veiller à ne pas manipuler les masses à des fins commerciales et capitalistes en imposant des représentations violentes voire en faisant l’apologie de la violence sans prendre soin de la santé mentale de leurs publics. Le cinéma en tant qu’art et technique a cette capacité de pouvoir traiter de manière filtrée les grandes violences du monde et doit prendre la mesure de ses responsabilités pour ne plus être un vecteur de maladies physiques et mentales. Les Trigger Warnings devraient être systématiques et très clairement communiqués en amont pour éviter les déconvenues et autres blessures psychiques. La question n’étant pas de censurer un cinéma qui traiterait de violence mais de l’encadrer correctement quelque soit les faits historiques ou fictionnels qu’il relate.
Les interstices de l’histoire-fiction ou blocs d’espace-temps cinématographiques constituent des brèches spatio-temporelles tantôt vertueuses tantôt non-vertueuses pour les sujets consommateur-ice-s de biens cinématographiques. Le caractère vertueux ou non-vertueux de ces brèches cognitivo-comportementales repose sur le degré de connaissance de soi résultant du rapport qualité/quantité de savoir acquis d’un sujet consommateur x ou y. Plus le sujet consommateur aura une meilleure connaissance de soi-même, plus les espaces-temps de réflexions interstitiels lui permettront d’accroître son savoir et a fortiori de mieux se connaître (brèche vertueuse). A l’inverse dans le cas d’un sujet non formé aux principes premiers des arts et des sciences ou d’un sujet à tendance sociopathique, ces mêmes blocs d’espace-temps cinématographiques créées par la technique du montage pourront entraîner un rapport destructeur au savoir et à la connaissance de soi pouvant heurter l’individu et heurter les autres.
Une œuvre de fiction est le produit d’un travail collectif souvent minutieux où aucun détail n’est laissé au hasard. Des équipes travaillent de concert, de l’écriture du scénario au montage en passant par les costumes et la lumière. Par ailleurs, le processus de représentation cinématographique via l’usage de la caméra, de l’éclairage, du son, des costumes et des décors tend à créer une aura autour des objets et personnages filmés. Cette aura joue un caractère particulier sur la mimesis post-consommation du bien cinématographique qui si n’étant pas encadré par les institutions du savoir et de la culture entraînera les sujets-consommateurs de biens cinématographiques dans les canaux de ventes et voir idéologiques des politiques de recrutement (au sens large) sous-jacentes aux productions cinématographiques.
Mazyar Zarandar
décembre 2024
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