
Dans sa définition relativiste contemporaine, le temps ne peut être séparé de l’espace. En effet, depuis Einstein on parle d’espace-temps car nous avons découvert que la gravité n’était pas simplement une force d’attraction mais le résultat de la courbure de l’espace-temps. Les objets massifs comme les étoiles ou les planètes courbent l’espace-temps autour d’eux, affectant à la fois les trajectoires des objets et le passage du temps. Cela montre que l’espace et le temps sont liés : une modification de l’espace affecte le temps, et inversement. Mouvement. Si l’on peut comprendre cette définition communément admise de l’espace-temps en physique quand est-il de sa compréhension en métaphysique? En d’autres termes, quelles seraient les relations existantes entre la pensée et les dimensions de l’espace-temps? Comment pensons-nous l’espace-temps?
La nature de la pensée.
En tant qu’être humain la pensée est le fruit d’un mouvement du corps et de la conscience : il faut à minima pouvoir respirer et avoir l’usage de son cerveau pour pouvoir penser. Nous pensons lors de l’éveil mais nous pensons également lors du sommeil dans les rêves, d’une autre manière.
Lors de l’éveil notre pensée agit de manière subjective grâce à notre corps, ses fonctions motrices et cognitives. Nous pensons ainsi nos vies jours après jours, nous apprenons à réaliser toutes sortes de pratiques humaines qui nous permettent de vivre des instants parfois heureux, parfois moins heureux, parfois malheureux. Notre faculté de penser et d’agir en adéquation avec notre pensée détermine le degré de notre bonheur.
Comme dit l’adage zoroastrien pour être heureux il faut développer: La bonne pensée, la bonne parole, la bonne action. C’est à dire entretenir un rapport vertueux à la phronesis (logos pratique), partir de la pensée philosophique et de l’éthique pour aller vers un faire de qualité, fédérateur et juste dans son idéal que l’on pourrait aujourd’hui appeler en France décolonial, laïc et républicain.
Lors du sommeil, lorsque nous rêvons, notre pensée fonctionne différemment: nous ressentons la réalité différemment lorsque nous rêvons. Très souvent nos rêves ne correspondent pas à la réalité telle que nous la vivons lors de l’état de conscience. Notre rapport à l’espace-temps n’est pas le même selon si nous dormons ou si nous sommes éveillés. Lorsque nous dormons, même si notre corps reste la plupart du temps immobile, notre pensée agit à travers notre inconscient dans ce que j’appellerai l’espace-temps du rêve. L’espace-temps du rêve répond à des lois de la physique qui sont parallèles et simultanées aux réalités de la conscience et souvent différentes de celle-ci. En effet, dans le rêve tout est possible alors quand dans l’état de conscience les lois de la physique relativiste sont contraignantes.
Nous pouvons donc dire que notre rapport à l’espace-temps est fonction de l’état de notre conscience: tantôt en éveil, tantôt en sommeil. C’est-à-dire que l’espace-temps existe de manière multiple et simultanée et ce toujours en rapport à nos subjectivités agentes. Du point de vue de la philosophie et de la physique, l’espace-temps n’existe que parce que nous pouvons y penser et y agir. Si je ne suis pas, si je ne pense pas alors il n’y a pas d’espace-temps avec lequel être en rapport, avec lequel vivre. C’est la vie en tant qu’expérience subjective qui me permet de penser l’espace-temps et d’agir avec, sur, dedans etc.
Les dimensions du temps ou le temps-espace
Si il existe 3 dimensions à l’espace (hauteur, largeur, longueur), la physique relativiste n’attribue qu’une dimension au temps au sein d’une définition quadridimensionnelle entrelacée et interdépendante de l’espace et du temps : l’espace-temps.
Je propose de désarticuler cette catégorie épistémologique afin de repenser notre définition du temps. Pour ce faire je choisis d’utiliser le concept de “temps-espace”, c’est-à-dire de fixer une focale prioritairement temporelle à notre perception de la réalité. Cette pensée du temps nous permet premièrement d’isoler le temps de l’espace afin d’en proposer une typologie menant à une définition multidimensionnelle de celui-ci.
Tout d’abord, comme amorcé plus haut, il existe deux catégories ou dimensions principales du temps : le temps de l’éveil et le temps du sommeil (1 et 2).
Deuxièmement, chacune de ces dimensions pourraient être divisées en 3 sous-dimensions : le passé, le présent et le futur (1a,b,c; 2a,b,c). La différence majeure étant que la dimension de l’éveil implique une impossibilité de ne pas vivre avec les lois fondamentales de la physique. Dans une expérience subjective humaine en état de conscience éveillée, on ne peut voler à travers les nuages sans monter dans un véhicule adapté…
Troisièmement, en état d’éveil, les sous-dimensions du temps ne sont pas ressenties, pensées et vécues de la même manière selon notre notre vitesse de déplacement dans l’univers et ce que nous y faisons (Einstein). Un trajet en métro d’une heure passé à écrire un texte nous fera passer le temps beaucoup plus vite qu’un trajet passé à s’ennuyer. Notre rapport au temps en état de conscience éveillé pourrait correspondre à la somme de notre capacité à nous déplacer en cadence dans le temps-espace et notre capacité à ne pas nous ennuyer.
Quatrièmement, le degré de relativité du temps-espace n’est pas le même selon si l’on dort ou non. Un rêve d’une heure peut correspondre à seulement quelques minutes dans la réalité en éveil.
Cinquièmement, bien que n’étant pas comparable en terme de durée, notre rapport à la réalité en état d’éveil n’est qu’une des versions du réel que nous connaissons.
En conclusion nous pouvons donc dire qu’il existe au moins:
2 dimensions principales au temps:
1.Le temps de l’éveil
2.Le temps du rêve
Et 3 sous-dimensions à chaque dimension principales:
a.Le passé
b.Le présent
c.Le futur
Chacune de ces dimensions et corollaires sont vécues au sein du temps-espace, c’est-à-dire l’adjonction des dimensions temporelles avec les dimensions spatiales.
Les lois de la physique du temps-espace de l’éveil correspondent au paradigme de la physique relativiste d’Albert Einstein. Les lois de la physique du temps-espace du rêve demeurent encore plutôt méconnues malgré les recherches en neurosciences qui tendent à prouver des correspondances entre certains types de rêves et certaines activités du cerveau.
Mazyar Zarnadar
novembre 2024
Laisser un commentaire