
En tant qu’êtres humains, nous sommes dotés d’une vision extérieure et d’une vision intérieure. La vision extérieure, la vue en tant que dispositif optique, nous permet lorsque nous en bénéficions, à l’aide de l’ensemble de notre appareil cognitif, d’orienter notre corps dans l’univers pour réaliser bon nombres d’actions sur terre. Ecrire par exemple, regarder un paysage, des visages étrangers dans le métro ou dans la rue, lire, s’habiller, cuisiner etc. La vue nous sert à réaliser la plupart de nos pratiques humaines. Les personnes malvoyantes quant à elles, peuvent ne rien voir, comme connaître des aperceptions de lumières, le tout dépendant de leurs degrés de malvoyance. Notre appareil optique extérieur évolue tout au long de notre vie depuis notre naissance jusqu’à notre mort et ce selon notre bagage génétique et le soin que nous apportons à nos yeux durant notre durée d’existence sur terre. Notre vue pourrait-être comparée à une caméra ultra sophistiquée à deux optiques qui nous permettrait de voir de plus ou moins près, de plus ou moins loin, de manière plus ou moins nette dans le but d’interagir avec le monde, de vivre. C’est ce que j’appellerai l’éxô de la vision ou la vision éxotérique humaine, c’est-à-dire notre vision extérieure.
Il existe un autre type de vision qui est intérieure et que l’on appelle communément le 3ème œil en français pour désigner le 6ème chakra des hindouistes appelé Ajna Chakra. Cette vision intérieure que l’on pourrait dire ésotérique (au sens de l’éso en grec “intérieure”) agit de manière simultanée avec le reste de notre appareil cognitivo-comportemental et se situe dans un lieu sans lieu (jusqu’ ici non découvert par la science) que nous pouvons observer via la force de la méditation du cœur et de l’esprit en respirant de manière consciente: la pleine conscience. Cette technique orientale est aujourd’hui largement enseignée en occident et n’est plus forcément synonyme de religiosité mais simplement de spiritualités (au sens de spiritus, en latin “l’esprit”) laïques partagées . Lorsqu’elle est maîtrisée (les maîtres soufis considèrent qu’il faut environ une dizaine d’année de pratique) la méditation en pleine conscience devient un réflexe du corps et de l’esprit qui progressivement permet la prise de conscience de l’existence du 6ème chakra ou 3ème œil à condition que la personne méditante le souhaite bien entendue. A partir de ce moment précis commence l’envol de l’esprit via la vision intérieure et l’observation du fil de la pensée qui marque le début du voyage ésotérique des êtres humains.
Le bouddhisme tibétain a théorisé le lien entre les visions intérieures et le fonctionnement de l’appareil cognitivo-comportemental à travers l’analyse et la classification des émotions et leurs expériences. Il sera en effet principalement question d’amour (sous ses différentes formes) et d’émotions perturbatrices synonymes des enfers appelé samsara. A travers sa médecine, le bouddhisme tibétain introduit ainsi une ancienne cosmogonie qui lui sert de support de réflexions sur différentes questions fondamentales de l’humanité telles que notre rapport de domination sur les animaux (cycle des réincarnations), la sexologie (concept de la saisie en sexologie bouddhiste tibétaine), la famille (les monastères), les maladies mentales (les archétypes bouddhistes tibétains).
Autre école, Le soufisme iranien héritier des Zoroastriens, de Platon et des néo-platoniciens de perse (Sohrawardi) s’est vu rencontrer le proto-bouddhisme afghan dans la région du Grand Khorassan (entre l’Afghanistan et le Pakistan aujourd’hui) autour du IIIe siècle EC, un siècle après l’avènement de la gnose chrétienne dans les rues d’Alexandrie (Nag Hamadi: L’évangile de Thomas). Cette école théosophique synthétise bon nombre de traditions mystiques à visée psychanalytique et psychiatrique (elle ne rejette pas l’occident en tant qu’organisation internationale). Elle est fondée sur la pratique de la méditation en pleine conscience avec l’usage du mantra, les piliers du zoroastrisme, des religions Abrahamiques et le rapport au fil de la pensée du bouddhisme tibétain. Bien que influencé par ces traditions, le soufisme iranien a pour habitude de ne pas enfermer ses disciples dans un dogme, c’est pourquoi chaque soufi est libre de puiser dans toutes formes de spiritualités cohérentes avec son projet personnel afin de renforcer son intériorité.
Enfin, peut-être que le Cyclope des grecs pourrait-être cité pour conclure ces quelques pensées sur l’ésô et l’éxô de la vision humaine. Serait-il possible que cet être déchu à l’œil unique tué par Ulysse afin de pouvoir retrouver sa bien aimée, soit le symbole d’une monstruosité humaine intérieure puisque méconnue? Que nous raconte la généalogie mythologique cyclopéenne chez les grecs et quels sont ses liens avec l’œil de la pensée dans l’hindouisme? Quel est le sens profond de l’acte violent commis par Ulysse qui enfonça un pieux dans l’œil du Cyclope, situé au milieu de son front, lieu habituel du 3ème œil précurseur de la civilisation védique? Beaucoup de mythes et de légendes partagent bon nombres de similitudes, mais l’histoire est une histoire des guerres et la vallée de l’indus est l’un des plus grand et plus ancien foyer de civilisation de l’humanité (-7000 EC, -4000 EC pour la sédentarisation) dont les textes fondateurs passés dans la théologie zoroastrienne iranienne ont été brûlé par Alexandre Le Grand. En ce sens, une partie de la mythologie grecque pourrait être une appropriation si ce n’est un pillage des traditions iraniennes antiques que beaucoup d’intellectuel.le.s occidentaux convoquent sans le savoir.
La vie n’appartient à personne, ce sont les vivants qui forment les cultures, les mythes et les religions. Pourquoi s’obstiner à tout brûler jusqu’à se consumer de l’intérieur plutôt que de partager nos richesses sincères de manière non-violente? Voici une question sur laquelle méditer.
Mazyar Zarnadar
octobre 2024
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