Quelques pensées sur le topos de l’esprit part.2(fr){

La question du topos de la conscience reste un mystère irrésolu par la science. Dans la première partie de cet essai, j’ai expliqué que d’un point de vue logique, ce qui ne peut être localisé dans l’univers ne peut y appartenir. La science a pour but de vérifier si l’esprit est contenu dans le corps et pour l’instant elle n’y arrive pas. Mais peut-être pouvons-nous commencer par étayer quelques phénomènes de l’esprit tels que nous les vivons au quotidien.

L’esprit existe toujours en relation au corps tant que le corps est vivant

Nul n’a su revenir de la tombe pour nous prouver l’existence de mondes ni d’univers post-mortem. En revanche, tant que les organes vitaux de notre corps physique fonctionnent alors notre conscience demeure étroitement liée à celui-ci. Même durant les phases de sommeil, l’esprit reste connecté au corps qui peu mobile se met en état d’anesthésie musculaire partielle afin de permettre un repos sécurisé et l’expérience de rêves réparateurs. En effet, la psychanalyse jungienne nous indique que le rêve est une manière de guérir les maux de l’âme (et donc du corps) à travers la vision d’archétypes propres à la conscience et l’inconscient collectif. La relation entre la conscience et le corps est donc très différente selon si l’on dort ou non mais reste néanmoins indéniable. Dans la métaphysique orientale ante-jungienne, les rêves et archétypes ont également les mêmes rôles: aider l’âme et le corps à guérir grâce à une lecture non-linéaire du subconscient interprété comme la part de ce qu’il reste à la conscience à régler pour avancer dans la vie. Les rêves seront donc des indices multiples et simultanés laissés par nous même pour nous même afin de comprendre ce sur quoi nous devons porter particulièrement notre esprit afin de poursuivre la construction de notre cheminement terrestre.

La conscience pilote le corps à l’aide du cerveau

Notre cerveau pourrait être comparé à un ordinateur, notre conscience à un système d’exploitation, notre corps comme un tout, à une machine très sophistiquée. A l’aide de ces outils organiques, nous pouvons installer des applications codées à l’aide d’informations dont nous acquérons le savoir au gré de notre parcours de vie. Ces informations sont traitées par notre cerveau et organisées de manière à nous permettre de faire l’expérience de différents phénomènes d’apprentissages dont nous nous servons pour bâtir nos pratiques humaines. Celles-ci seront ainsi différentes les unes des autres selon nos patrimoines génétiques (prédispositions à des maladies qui altèrent le fonctionnement moteur et cognitif du corps). Mais aussi selon nos constructions sociales, c’est-à-dire nos modes de socialisation et les différents capitaux culturels, économiques, sociaux dont nous héritons. Il y a donc à la fois une forme de déterminisme socio-économique mais également une part importante d’agentivité subjective au sein de la construction de notre ipséité et donc de notre corps-esprit comme tout-unique. Grâce à l’ensemble de nos facultés physiques et mentales nous pouvons penser, dire, travailler de nos mains ou construire des machines pour faire à notre place.

Nous sommes conscients lorsque nous ressentons les choses de la vie

Bien que nous ne puissions définir le topos de l’esprit humain, il est admis de penser que c’est grâce à nos facultés cognitivo-comportementales que nous savons être conscient. En tout cas dans une certaine mesure. En médecine, certains patients ne sont pas conscients de leur maladie avant l’avis et le diagnostic du médecin par exemple. De la même manière, certaines personnes de classes sociales supérieures pourraient ne pas être complètement conscientes de leurs privilèges comparés aux classes sociales les plus défavorisées. La conscience est donc à la fois un processus en action dont le savoir permet l’accomplissement et en même temps une force vitale qui gouverne le corps singulier et unique. A ce stade du raisonnement, il est donc logique de se poser la question de la pertinence du champ lexical de la géographie terrestre en ce qui concerne la nature de la conscience. En effet, comme je l’ai écrit dans la première partie de mon essai sur le topos de l’esprit, le phénomène d’orientation géographique fonctionne uniquement dans l’univers. Et uniquement parce qu’il en a été décidé ainsi. La terre tourne sur elle-même dans le sens anti-horaire et se déplace autour du soleil sans interruption. Ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre. Autrement dit, l’invention et l’utilisation des points cardinaux implique une vision de l’univers centrée sur la planète terre, où le globe serait quelque part son centre. Même si cette idée paraît aujourd’hui dépassée (nous connaissons l’existence de milliards de galaxies et autres systèmes solaires dans l’univers), la persistance de l’usage de la boussole au quotidien témoigne d’une vision anthropocentrique de notre rapport à la nature.

Est-ce que l’émancipation de la conscience dépend de la libération du corps?

La recherche scientifique tend à vouloir percer le mystère de l’existence de l’univers et de la vie sur terre. En neuroscience et en robotique les mystères de la conscience humaine. Peut-être un jour réussirons-nous à cloner des humains sans mère porteuse? Ou à créer des robots dotés de consciences humaines? Je pense qu’il ne faut pas avoir peur du progrès mais comprendre quel est notre désir collectif en tant que groupe humain avant tout. Ceci étant dit, il serait peut-être judicieux de prendre par ailleurs le temps de faire un inventaire des dispositifs à potentiel coercitifs dans lesquels nous pourrions être pris et d’en déconstruire les défauts. Imaginer un monde sans planisphère mais des globes représentant notre planète (avec des continents à la juste échelle) pour enseigner l’histoire et la géographie aux enfants et aux adultes par exemple. Imaginer les montres du futurs avec des données astronomiques, enseigner l’astronomie à l’école, récrire les narratifs des vieilles civilisations déchues dont nous avons hérité. Ce serait quoi un monde sans big data? Un monde sans surveillance de masse? Ce serait quoi un monde sans viols? Sans pédocriminalité? Ce serait quoi un monde en paix? Par quoi faudrait-il passer individuellement et collectivement à part augmenter son pouvoir d’achat et accéder plus tôt à sa retraite avant de mourir? Pourquoi ne pas s’efforcer d’imaginer ce monde là pour le créer plutôt que de se laisser abattre par l’adversité? 

Certains rêves peuvent guérir, d’autres peuvent tuer, le monde d’aujourd’hui nous le montre tous les jours: je choisis de rêver la guérison.

Mazyar Zarnadar, septembre 2024

Nicholas Roerich, Kangchenjunga, 1944

}

Laisser un commentaire